lundi 9 mars 2009

Entre les murs : un très bon film sur la mondialisation et ses mécontents




Ce film français, réalisé par Laurent Cantet, le metteur en scène d’un film très remarqué sorti en 2003, Ressources Humaines, a été primé aux Oscars cette année. Après avoir décroché la Palme d’or au Festival de Cannes en 2008.

C’est le genre de film que seuls les français savent faire. Un film intime, presqu’en huit clos, sans musique de fond, sans beaucoup de scènes d’action. Que des paroles, ou presque.

Tiré d’un livre autobiographique écrit par François Bégaudeau, qui tient le rôle principal, Entre les murs nous montre – sans trop d’intermédiation – la vie professionnelle d’un prof de collège. Le collège se situe dans Paris, et non pas en banlieue, mais dans le 20ème, un quartier difficile qui en termes d’ambiance, pourrait être dans une cité de banlieue. D’ailleurs, les élèves de François appellent leur quartier ainsi.

En regardant ce film, j’ai vécu deux heures de stresse en boucle. On a l’impression que, à tout moment, les choses peuvent déborder dans cette classe pour finir dans la violence et la haine.

D’abord la haine raciale. Ces jeunes sont d’origines très diverses. Quelques français de souche, comme on dit, et beaucoup d’immigrés. Maliens, Marocains, Guadeloupéens, Chinois… Esméralda, Souleymane, Wey, Rachid. On est loin de mon dernier quartier de Paris, le huitième, avec ses enfants bien sapés et polis, qui s’appellent Sixtine (mais oui, je vous assure), Gaspard, Garance, Hortensia.

Comment apprendre le français à ces enfants ? A quoi ça sert à ces enfants ? Ce que j’aime dans ce film est sa façon de montrer le vrai « melting pot » qui est la France d’aujourd’hui, avec sa clash de cultures, de langues et d’attitudes. On voit un prof (un autre) piquer une crise à cause d’une classe ingérable, et à force de passer du temps avec François devant ses élèves, on comprend bien comment ceci peut se produire. Et on s’étonne que ce ne soit pas plus fréquent.

A la fin du film, François demande à ses élèves ce qu’ils ont appris en quatrième. Ca m’a fait penser à la mission impossible de l’école : de transmettre le savoir, d’éduquer les jeunes, de les préparer pour la vie adulte. Mais comment faire dans une classe, avec les individus si différents et par moment si indifférents… Les élèves charrient le prof un jour car touts ses exemples de phrase ont pour sujet un dénommé « Bill ». Pourquoi toujours un nom de blanc, demande une fille, l’insolente Esméralda. Pourquoi pas un nom africain ou chinois? Bonne question quand tes élèves s’appellent Khoumba, Souleymane, Wey… Cette même fille, qui est représentante de classe et qui en tant que telle fout la merde un jour, donne la réponse la plus étonnante à la question : qu’avez-vous appris cette année. Il se trouve qu’elle n’a rien appris à l école. A bon ? Tu n’as pas lu un seul livre intéressant ? Si, dit elle, mais pas à l’école. J’ai lu La République. De Platon ? répond François, visiblement surpris. Oui, elle répond. Mais comment ça ? C’est un livre de ma grande sœur. Ah, elle étudie la philo ? Non. Mais quoi, alors. Le droit, dit elle, fière. En entendant sa réponse, j’ai ressenti une petite bouffée d’espoir. Est-ce notre système éducatif va mal ? Oui, sans doute. Mais…. Ce n’est pas si grave que ça. Je plains tous ces blancs dans mon pays – oui, il faut le dire comme ça – et tous ces gens qui, de par leur ascension sociale peuvent se permettre de caser leurs enfants dans les écoles privées….car en réalité, elles sont privées de cette richesse née de la mondialisation, de la diversité, de l’immigration.